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La cause des vieux immigrés avance


Entre peur de la ghettoïsation et défaillance des politiques publiques, une prise en compte s’amorce,
mais il reste beaucoup à faire en faveur des vieux immigrés.

Ils sont plusieurs dizaines de milliers, et leur nombre devrait augmenter ces prochaines années. Surtout originaires du Maghreb, ils sont arrivés en France à une époque où celle-ci connaissait ses « Trente Glorieuses ». Ils devaient venir travailler, puis repartir chez eux une fois les routes bitumées, les logements construits, les mines exploitées. Seulement voilà, les « travailleurs immigrés » sont restés. Et rien n’a été prévu pour eux.

Triste constat. Rien ou presque n’a été prévu pour les vieux immigrés et leurs parcours de vie parfois singuliers. Pourtant, ces derniers connaissent de nombreuses difficultés. « Elles ne sont pas toujours spécifiques aux seuls migrants âgés, mais ceux-ci les cumulent » explique Gilles Desrumaux, délégué général de l’Unafo (association composée de 39 gestionnaires de foyers ou de résidences sociales). Les immigrés vieillissants constituent ainsi une population particulièrement fragile. En raison des caractéristiques de leur vie professionnelle (faibles revenus, précarité et chômage, travail non déclaré…), les immigrés peinent à reconstituer leur carrière lorsque sonne l’heure de la retraite et leur pension est peu élevée. Si bien que bon nombre d’entre eux perçoivent le minimum vieillesse. D’une manière générale, leurs difficultés de compréhension de la langue et de l’organisation administrative compliquent l’accès aux droits sociaux.

Un autre point crucial est la question du logement. Que les vieux immigrés vivent dans un foyer d’hébergement social, de type ex-Sonacotra, ou en habitat « diffus », les conditions de logement sont vétustes, voire accablantes. Le problème est d’autant plus préoccupant que les immigrés âgés se distinguent également par un vieillissement précoce et une santé précaire, dus à leurs conditions de travail et de vie.

Toutefois, la principale spécificité des immigrés âgés réside dans les allers et retours permanents qu’ils effectuent entre la France et leur pays d’origine. Une situation qui s’explique à la fois par un sentiment de double appartenance et par des nécessités financières, le versement de certaines prestations étant soumis à des conditions de résidence sur le territoire français. « Le droit ne facilite pas les allers et retours, qui permettent pourtant à ces personnes de vivre le mieux possible la vieillesse », constate Marc Laulanie, chargé de développement local du quartier Porte Montmartre-Porte de Clignancourt.

Pour une vieillesse digne

Par deux fois ces dernières années, des rapports* ont attiré l’attention sur la situation des immigrés vieillissants et la nécessité de leur assurer une vieillesse digne. Les auteurs de ces études relevaient l’existence de nombreuses expérimentations locales et ponctuelles, mais hors de toute politique publique globale en direction des migrants âgés.

Aujourd’hui, où en est-on ? « Il n’existe toujours aucun texte fixant un cadre général à une politique en la matière », déplore Gilles Desrumaux, de l’Unafo. « Certes, en matière de logement, des initiatives ponctuelles ont été prises pour permettre le maintien à domicile de migrants âgés dans des logements autonomes ou dans des foyers de travailleurs migrants, poursuit Gilles Desrumaux. Mais les prises en charge institutionnelles dans des maisons de retraite ou des établissements pour personnes âgées dépendantes sont très rares. Et nous ne disposons pas de moyens d’évaluation des actions menées, faute d’une politique globale en direction des migrants âgés. »

Pourtant, la prise de conscience a eu lieu. « Depuis les diagnostics qui ont été faits en 2002 et 2005, beaucoup de choses ont été dites et on connaît bien désormais la question des immigrés vieillissants. Même si certains points restent obscurs, comme la situation des femmes par exemple », explique Kaïs Marzouki, directeur de l’action éducative et de la solidarité à l’Acsé (Agence nationale pour la Cohésion Sociale et l’Égalité des chances). « À Paris, le sujet commence à être pris en compte, depuis environ trois ans, par les élus qui s’occupent d’intégration et d’immigration », observe Marc Laulanie, chargé de développement local, qui se demande toutefois « quelle est l’incidence sur la population concernée. La Ville soutient les cafés sociaux**, mais tout le monde n’y va pas et ils ne peuvent constituer la seule solution ».

« Pas question de ghettoïser les vieux immigrés »

De l’avis général, l’échelon le plus pertinent pour intervenir auprès des immigrés vieillissants est le département, à travers les schémas gérontologiques élaborés par l’État et les conseils généraux. « Mais trop peu de ces schémas gérontologiques intègrent la problématique des migrants âgés, et ils n’y sont pas incités par une volonté politique centrale forte », explique Gilles Desrumaux. Cette volonté politique nationale demanderait, selon ce dernier, « une impulsion et une animation transversales à plusieurs ministères ». Mais il n’est « pas certain qu’il faille une commission ou, pire, une institution sur le sujet. Il ne me semble pas nécessaire de créer une prise en charge spécifique […], mais de prendre en compte les particularités des vieux migrants dans des politiques de droit commun en direction des personnes âgées ». Un avis partagé par Kaïs Marzouki, de l’Acsé, pour qui « les institutions généralistes doivent s’approprier la question des immigrés vieillissants. Il n’est pas question de ghettoïser les vieux immigrés ».

Hélène Soula – 25/04/2008

* Rapport de l’Igas en 2002, rapport du Haut Conseil à l’intégration en 2005.

Voir le site " Parisiens du bout du monde




Lire l'article sur le café sociale de Belleville.

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